École, écransNumérique et mixité : ces étudiantes qui montrent l’exemple

24 janvier 20200
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Le collectif "les filles qui" se rend aujourd'hui dans les écoles primaires, pour "ouvrir" les métiers du numériques aux jeunes femmes. Ces dernières n'osent pas assez s'investir dans des études qui ouvrent pourtant des perspectives passionnantes. La "transition féminine" du numérique ne s'appuie pas sur des clichés, des idées reçues ou l'opposition stérile des "filles" et des "garçons". Elle recherche et favorise effectivement le bien commun, par la création de synergies et d'initiatives efficaces.

“Inscrite en licence de mathématiques à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO), Jeanne fait partie du collectif d’étudiantes « Les filles qui », dont les membres se rendent dans les écoles primaires pour initier les enfants à la programmation informatique.

En endossant ce rôle de référentes, elles espèrent montrer aux filles que les sciences leur ouvrent des carrières tout autant qu’aux garçons. Et à écouter Jeanne, les résultats sont prometteurs : « Nous agissons au niveau local mais, vu l’intérêt que suscite le projet, s’il se déployait à plus grande échelle, je pense que l’on pourrait vraiment changer les choses. »

De fait, la faible proportion de femmes dans ses métiers est une problématique cruciale pour le secteur numérique, identifiée depuis des années. Il s’agit d’un domaine qui recrute, offre de réelles perspectives de progression et des rémunérations attractives aux jeunes. Pourtant, un certain nombre de clichés pèsent sur lui, comme celui du « geek » enfermé dans son bureau, passant des heures devant son écran sans interagir avec le reste du monde.

En réalité, le quotidien de ces métiers est très divers, en perpétuelle évolution et repose sur un travail d’équipe. Cependant, les représentations négatives jouent sur les choix d’orientation des filles. Des études récentes en France ont mis en avant cet impact.

Pas assez de filles dans le numérique (France 3, 2017).

Approche ludique

Comment lutter efficacement contre ces représentations tenaces qui éloignent bon nombre de candidates potentielles ? Comme « Les filles qui », initié en mai 2016 à l’Université de Bretagne occidentale et « L Codent L Créent », porté depuis 2018 par l’ENSTA Bretagne, des dispositifs pédagogiques tentent d’offrir de nouveaux modèles aux filles.

A destination de classes de primaire dans le premier cas, ou de collégiennes de troisième dans le second, ils s’articulent autour d’ateliers de programmation, dispensés par des étudiantes ou des élèves ingénieures. Leurs ressorts sont résolument ludiques. Pour réaliser les œuvres numériques – dessins ou jeux par exemple – au centre de chaque atelier, les participantes ont ainsi accès à des supports différents de l’ordinateur classique : des boîtiers Raspberry Pi qui ont l’avantage de permettre de programmer toute sorte d’activités utilisant des robots, des webcams ou encore des capteurs.

En primaire, « Les filles qui » œuvrent à grande échelle dans les classes mixtes : 70 étudiantes ont enseigné la programmation Scratch dans 46 classes en 2018-2019 et nous aurons plus de 70 classes et 1 500 enfants pour cette année. Créé et diffusé par le Massachusetts Institute of Technology (MIT), Scratch est utilisé par des dizaines de millions d’enfants dans le monde et permet de créer des histoires animées, des jeux simples ou sophistiqués, des graphismes, de la musique.

Exemples d’ateliers pour mettre l’informatique à la portée des enfants (France 2).

Du côté des collèges, le dispositif « L Codent L Créent » est pour l’instant plus confidentiel mais progresse lui aussi. En 2018/2019, 11 étudiantes de l’ENSTA Bretagne sont entrées en action auprès de quatre collèges à Brest et alentour. 53 collégiennes de troisième ont participé aux ateliers. En 2019/2020, elles seront près d’une centaine.

Figures d’inspiration

Qu’apportent de tels dispositifs ? Alors que la programmation est une exigence des programmes de primaire, le dispositif « Les filles qui » vient à point nommé épauler les équipes enseignantes et leur apporter un soutien dans l’accomplissement d’objectifs jugés inatteignables par les seuls moyens scolaires.

Pour les collèges, déjà mieux outillés sur le volet de la programmation, la rencontre avec des étudiantes ingénieures, l’apport d’un dispositif clé en main et ludique constituent des atouts indéniables.

Si, en primaire, les élèves apprécient d’être dans un cadre différent de la classe traditionnelle et confrontés à d’autres manières de faire, les collégiennes tirent satisfaction d’une mise en condition pour le lycée. Et pour toutes et tous, d’après les données que nous avons collectées, l’aspect ludique est un atout majeur des ateliers.

Quant aux étudiantes, elles se déclarent fières d’avoir participé à un projet qui porte « de belles valeurs », et se voient comme des « figures d’inspiration pour les plus jeunes ». Elles ont ainsi pleinement conscience de leur rôle en tant que modèle d’identification. Néanmoins, cet effet est limité aux collégiennes, sans doute parce que la troisième est l’heure des choix d’orientation, et donc des perspectives d’avenir.


À lire aussi : Pourquoi les filles ont délaissé l’informatique


À travers ces ateliers de programmation, affleurent à la conscience des étudiantes des aptitudes et compétences qu’elles ne soupçonnaient pas, faute sans doute de ne pas les mobiliser ; qu’il s’agisse de leurs capacités à transmettre, comme de s’adapter à des publics d’enfants et d’adolescentes.

Conjointement, ces dispositifs pédagogiques s’inscrivent dans le cadre d’une recherche action à laquelle nous associons les étudiantes. C’est une autre découverte encore et un moyen complémentaire de valoriser leur investissement : avoir un retour des acteurs et une mise en perspective par la recherche.

Des dispositifs en débat

Pour autant, il ne faut pas cacher que la mise en place de tels dispositifs suscite des débats, des questionnements, notamment sur un point : la non-mixité du côté des étudiantes et des collégiennes. Ainsi, un enseignant nous confie : « Je trouve ça bizarre que l’on n’accueille que des filles ou que des garçons. Les messages sont toujours troublants quand on cloisonne. »

Au niveau institutionnel, il est même possible de parler de résistance : les concepteurs et les conceptrices du dispositif doivent composer avec des appels à ouvrir le projet à des étudiants, ces appels émanant du corps professoral ou d’étudiants. Si la mixité scolaire constitue l’une des évolutions pédagogiques majeures du XXe siècle, les dispositifs « Les filles qui » et « L Codent L Créent » la remettent en débat.

Pour alimenter ce dernier, il faut garder à l’esprit que c’est en contexte de mixité que les stéréotypes masculin et féminin se manifestent le plus et modulent les comportements des élèves. Ainsi, déployer un dispositif non mixte permet de neutraliser les rapports de genre et de créer des conditions plus propices à l’effet d’identification.

Enfin, il ne faut pas oublier que d’autres domaines scolaires ne sont pas mixtes, sans pour autant être sujets à controverse, en sport par exemple. Les temps changent et « Les filles qui » et « L Codent L Créent » sont là pour accompagner une transition féminine vers le numérique, en s’amusant. Les élèves de primaire et de collège, les étudiantes engagées, toutes et tous y trouvent en tout cas un grand plaisir.”


Source : theconversation.com, “Numérique et mixité : ces étudiantes qui montrent l’exemple”, par Cécile Plaud, Maître de conférences à l’ENSTA Bretagne, Pascale Gautron, Enseignant-chercheur à l’ENSTA Bretagne et Vincent Ribaud, Maître de conférences à l’Université de Bretagne occidentale. Publié le 23/1/20. http ://theconversation.com/numerique-et-mixite-ces-etudiantes-qui-montrent-lexemple-126876

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