L'école en débatÉducation. L’effet cocotte-minute d’un collège « de plus en plus unique »

1 février 20200
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"La population scolaire évolue. Tous les élèves n’ont pas les comportements adaptés pour tenir en classe, et écouter la parole descendante de l’enseignant. Et puis, on fait comme si notre école était méritocratique. Comme si on avait tous les mêmes chances. On sait que c’est faux."

Alors que le gouvernement a lancé un plan de lutte contre les violences scolaires, le sociologue rennais, Christophe Moreau, estime que seule une transformation du collège, dans ses murs, mais également dans sa relation aux élèves, pourra améliorer le climat scolaire.

Le sociologue rennais, Christophe Moreau, travaille à l’amélioration du climat scolaire, notamment au sein des collèges.

Les faits de violence dans les établissements scolaires sont-ils vraiment déterminants dans la détérioration du climat scolaire ?

D’abord, 94 % des enfants déclarent se sentir bien ou très bien au collège. Ensuite, il faut rappeler que notre société, les études le prouvent, est de moins en moins violente. Et précisément, dans ce contexte, ces faits de violences scolaires apparaissent insupportables. Oui, ces faits de violence sont un paramètre important du climat scolaire. Au collège, on estime que 10 % des élèves sont victimes de violences physiques ou psychologiques, comme le harcèlement. Mais d’autres critères pèsent sur ce climat : les règles de vie, bien ou mal comprises, le sentiment de justice, la cohésion des équipes, etc. La disposition des espaces aussi. Dans nos statistiques, dans le cadre d’une étude menée à Nantes, sur 4 400 élèves, 20 % pensent que les toilettes ne sont pas un lieu sécurisant, et n’y vont pas de la journée. C’est une autre forme de violence.

La situation française est-elle particulière ?

En France, on a moins développé ce qui relève de l’intelligence émotionnelle, car on est un pays de la théorie. On n’est pas des concrets comme en Allemagne. Nous avons la tyrannie du diplôme, où toute une vie est déterminée par le niveau d’études. Et les élèves en échec sont sous-considérés. Ce qui faire naître du ressentiment. Un autre élément qui rend peut-être la situation française plus violente, c’est le collège unique qui, avec l’inclusion notamment et l’accueil d’enfants en situation de handicap, devient de plus en plus unique. On a donc dans les établissements plus de diversité, ce qui peut créer un effet cocotte-minute.

Pourtant, le collège unique est précisément défendu au nom de l’égalité.

(…) Il faut nuancer ce système méritocratique en tenant compte d’autres compétences : sociales, citoyennes, douces, techniques et artistiques.

L’école est-elle vraiment le lieu pour mener cette mission ?

Depuis plusieurs années, le ministère le dit : à l’école, on ne doit pas seulement apprendre à lire et à écrire, mais apprendre à se comporter et à agir en tant que citoyen. Reste que les profs n’ont pas été formés pour ça. La clef de voûte, c’est le projet d’établissement que chaque collège peut mener. Comment mettre ça en musique ? Derrière, il y a des questions de salaire. Nos profs sont moins formés et payés que dans d’autres pays européens.

Parlez-nous du travail mené dans dix collèges de Nantes.

C’est un programme d’investissement d’avenir. Nous, on se charge de l’amélioration du climat scolaire, projet qui est porté par la Maison des adolescents de Loire-Atlantique, en lien avec l’académie. On a fait un diagnostic dans ces collèges, interrogé 4 400 élèves et 500 personnels, rencontré les équipes, les familles. Aujourd’hui, on déploie des chantiers pour améliorer la vie dans la cour, les toilettes, la justice scolaire, la pédagogie, le lien avec les familles et les associations de quartier. En 2021, on refera l’enquête pour déterminer les outils les plus probants.

Quels sont ces chantiers ?

On travaille sur une foule de choses. Recréer de l’intimité dans les toilettes, que ça ne soit plus un endroit craint. Repenser le carnet de correspondance, pour qu’il ne soit pas simplement porteur de mauvaises nouvelles, qu’il valorise également l’élève. Autant de méthodes de prévention qui font baisser la violence. Sur le volet pédagogique, on observe que beaucoup d’enseignants crèvent de leur isolement, mais qu’ils ne veulent pas, en dehors des heures de cours, venir dans des espaces communs. Pourtant, dans les établissements où ils investissent plus de temps, les professeurs se sentent mieux au travail et les élèves dans leur collège. C’est une des clefs pour réussir.”


Source : ouest-france.fr, “Education : l’effet cocotte-minute d’un collège de plus en plus unique”, par Gen Recourt, publié le 1/2/20. https ://www.ouest-france.fr/education/education-l-effet-cocotte-minute-d-un-college-de-plus-en-plus-unique-6716507

 

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